Mardi 27 mars 2012 2 27 /03 /Mars /2012 15:43

 

 

 

  Attention!  J’écris  par petites portions numérotées, entre mes séances de sommeil.  Quand je m’éveille je poursuis rapidement la narration à la suite de ce que j’ai déjà écrit. Vous devez  défiler  pour lire la suite...   Merci de votre compréhension.

                   merlin-copie-2 Enfin elle a compris que je désirais écrire ma biographie! 

 
1

 
   Je  tairai mon nom dans cette biographie pour des raisons de sécurité. Car je suis terriblement peureux. Disons simplement que je suis le chat de Paule Doyon. Et que j’aime utiliser l’ordinateur. J’aime faire bouger la petite fenêtre des réglages de la luminosité de l’écran, juste pour faire pester ma maîtresse. Je lui cause aussi plein d’autres embarras en activant des touches connues de moi seul. Mais je peux écrire aussi…

 

 

  

Voilà ! je suis né un jour de mai, je ne saurais en préciser la date, il n’y avait pas de calendrier dans le hangar où ma mère a accouché de moi, de mes deux frères et de ma sœur : une jolie chatte de trois couleurs. Ma mère avait, je l’ai compris très vite, choisi cet endroit parce que le propriétaire du hangar et sa compagne adoraient les chats. Dès que Claude et Martine, ce sont nos hôtes,  nous aperçurent, ils s’empressèrent de nous installer le plus confortablement possible et d’assurer notre survie en nourrissant généreusement ma mère, qui jusque-là avait dû péniblement se débrouiller toute seule dans la vie.

 

  

Notre mère était très belle et attira immédiatement l’admiration des voisins qui vinrent rapidement épier sa progéniture. Les uns songeaient sérieusement à l’adopter, aussi j’aime penser que c’est la raison qui la fit nous abandonner brusquement dès que nous fûmes âgés de deux mois. Elle ne voulait sans doute pas qu’il y ait de concurrence entre nous et elle auprès de ceux qui songeraient à nous adopter. J’aime penser que c’est l’unique raison de son départ. Ce qui força mon frère, déjà deux fois plus gros que moi, à prendre soin de moi et de ma sœur, mon autre frère ayant déjà trouvé un foyer. Aussi je reportai rapidement l’affection qui me reliait à ma mère sur ce frère bienveillant. Bien sûr il ne me lavait pas longuement comme le faisait chaque jour ma mère qui me trouvant sans doute plus petit et plus frêle que les autres m’accordait, me semblait-il, une plus grande attention. J’aime imaginer que ma présence dû par la suite lui manquer beaucoup.

 

 

    Je ne veux pas penser du mal de ma mère, tout le temps qu’elle fut là elle se montra une mère exemplaire, une mère parfaite, qui nous surveillait continuellement afin qu’il ne nous arrivât aucun mal. Si elle disparut aussi brusquement de nos vies, c’est qu’elle jugea alors qu’il en était mieux ainsi. J’aime penser que j’ai raison de penser cela.

 

 

  Je m’attachai si profondément à mon grand frère que je ne parviens pas après les deux années écoulées depuis sa disparition à l’oublier. Il suffit que j’aperçoive un chat dont la couleur ou la taille me paraît approximativement celle que devrait avoir mon frère maintenant, pour que mon cœur se mette à battre follement jusqu’à ce que je réalise tristement que, hélas! ce n’est pas lui.

 

 

   Un mystère profond règne sur sa disparition. Par contre, je sais que de ma mère aurait, paraît-il, trouvé une résidence permanente et subit une opération qui la préservera à l’avenir de toute maternité. J’aime penser qu’elle est heureuse, - même sans nous. Mais pour mon grand frère pas la plus petite nouvelle et je ne veux pas imaginer qu’il pourrait avoir été victime d’un accident mortel. Bon! Mais voilà que je commence à m’endormir… je poursuivrai un autre jour…

 

merlin fatigué

 

 

                                                                         2

 

  Quand mon grand frère était là j’étais parfaitement heureux. J’en oubliais la perte de ma mère. Ce n’était que course dans les arbres, sauts dans les airs, karaté de chats,  pendant que ma petite sœur nous observait avec envie assise contre la clôture du voisin. Mon grand frère lui permettait rarement de se mêler à nos jeux. Et  pour à peine quelques minutes. Nos jeux étaient trop rudes pour les filles, disait-il pendant que moi je le suivais tout le jour comme son ombre.
 
 

    Mon frère était plus débrouillard que moi et plus obstiné surtout. Il avait déjà choisi sa future demeure et il n’était pas question pour lui de renoncer à son choix. Que le chien de cette maison essaya de lui faire abandonner sa décision avec des jappements hors de propos. Mon frère simulait la soumission en se roulant humblement devant lui pour mettre court à ses menaces, étouffant tout orgueil pour conserver la place choisie.  J’admirais sa stratégie qui consistait, m’expliqua-t-il, à charmer d’abord le chien, puis l’humain, qui ne voulait pas de chat dans cette maison. Une fois fait, les autres… ce seraient tout gagnés. Même que l’ambition de mon frère était de nous faire adopter tous les deux. Ce n’était pas chose facile étant donné que le propriétaire déjà ne voulait même pas d’un seul chat.




   Personnellement, j’aurais plutôt souhaité m’installer dans la maison attenante au hangar de ma naissance, chez nos hôtes. J’adorais Claude et Martine qui me gavaient de gourmandises pour chats. Mais hélas ! il y avait là déjà deux chats dans la maison de Claude et Martine. Je suis un grand sentimental, même devenu grand je reste encore attaché à mon hangar où je vais dormir parfois de longs moments en rêvant que mon grand frère surgit tout à coup… 

 

         
                            

   Car un matin, dont je n’oublierai jamais l’immense tristesse, je constatai que mon frère n’était plus là. Je crus d’abord qu’il avait été adopté. Cependant en observant les réactions de Claude et Martine et de leurs voisins je finis par comprendre qu’il avait mystérieusement disparu. Avait-il eu un accident ? s’était-il fait kidnapper ? Impossible d’éclaircir sa disparition soudaine. Pendant tout l’été j’attendis des jours accompagné de ma petite sœur, peu affectée elle par sa disparition, dans le hangar de notre naissance le retour de mon frère bien-aimé. Et après des années, il m’arrive encore d’espérer son retour. Si jamais le kidnappeur me lit qu’il soit bien conscient de l’immense chagrin qu’il m’a causé, un chat à un cœur comme tout ce qui vit, et le mien était rivé à celui de mon frère. La séparation a créé une cicatrice indélébile…




   Ma petite sœur était moins triste de la disparition de mon frère, elle lui était moins attachée. Sa disparition la rapprochait de moi qui n’avais plus qu’elle, elle était devenue toute ma famille! J’avais même l’impression qu’elle s’en réjouissait. Car je lui consacrais tout mon temps maintenant, et elle me suivait partout comme j’avais suivi mon frère. Elle n’avait plus à se contenter de nous regarder jouer, elle jouait avec moi. Aussi quand j’attendais désespérément le retour de mon frère dans mon hangar, je ne décelais aucune tristesse dans ses yeux. Plutôt le même regard rempli d’amour pour moi que mon frère devait avoir lu dans le mien pour lui.

 

 

    Pour atténuer la tristesse de la perte de mon frère et comme pour honorer sa mémoire, j’abandonnai mon désir d’être adopté par Claude et Martine, qui avait entre temps adopté ma petite sœur, et de m’installer plutôt dans la maison si convoitée par mon frère. Ainsi ma sœur et moi demeurions voisins. Chaque matin elle m’attendait à la porte. Et nous passions nos journées ensemble tantôt dans sa maison, tantôt dans la mienne. Mais suis-je né pour le malheur? Voilà qu’un jour ma petite sœur disparut à son tour aussi mystérieusement que mon frère. Kidnappée à son tour sans doute. J’eus moins de chagrin de sa perte que de la perte de mon frère, mais quand même je la regrettai. Désormais je sus que je devais me méfier des humains que je ne connaissais pas…



Vous permettez que je dorme encore un peu avant de poursuivre…

 

Merlin dort

                                                             

 3

 

     Bon me revoici . Alors que mon avenir était encore incertain. Car je devinais aux comportements de mes futurs maîtres que mon adoption n’était pas encore assurée, j’entendis deux inconnus déclarer : que je leur ferais un très bon chat! pensez dont! Je n’échappai pas le plus petit miaulement de protestation. Mais j’étais décidé : j’allais leur faire changer rapidement cette bonne ímpression! 

 

    Il me fallut moins d´une nuit pour les convaincre : je démontrai fermement au chat présent dans leur maison qu’il n’y aurait jamais d’entente possible entre lui et moi. Ensuite, je terrorisai leur chien et fit semblant de vouloir manger le hamster de leur petite fille. Moi qui ne mange même pas un oiseau… enfin rarement. Mon stratagème réussit à la perfection. Bien avant le matin on m’avait retourné, sans même une note laissée sur le gazon, dans la cour où j’étais né. En voyant le visage heureux de ceux dont je désirais, pour honorer la mémoire de mon frère, être adopté, je compris que mon sort était fixé. On venait de découvrir qu’on m’aimait!  On ne pourrait plus désormais se passer de ma présence! Je vivrais dans la maison que mon frère convoitait. Je vivrais son rêve par procuration. Avec chaque jour une séance de sommeil dans celle de Claude et Martine où j’avais mon panier-dortoir, tout comme leurs deux chats, avec lesquels je m’entendais à merveille… preuve que j’avais réellement simulé le monstre pour revenir vivre en cet endroit… Sachez, si vous ne le savez pas déjà,  que ce ne sont jamais les humains qui choisissent un chat, mais le chat qui choisit ses maîtres. Et je l’ai dit je suis un grand sentimental…

 

 

      J’adore être caressé. Je puis me vautrer des heures dans les bras de mes maîtres ou dans ceux de Claude et Martine, alors que tous les autres humains m’effraient. La sonnerie de la porte me terrorise. Si on voulait m’enlever? Me kidnapper? Comme mon frère? Ma sœur? Où me retrouverais-je?  Peut-être chez un monstrueux vétérinaire qui me planterait des aiguilles tout partout pour m’endormir, comme si je ne dormais déjà pas assez,  et me réveiller ensuite avec des morceaux précieux de mon corps en moins ?  J’ai fait un rêve déjà comme ça et j’en suis resté marqué à jamais. Mais je disais: j'adore être caressé  jouer au bébé chat alors que je suis un gros chat maintenant… est-ce que je fais semblant pour leur plaire…? je sais pas…? mais je ronronne ronronne docile, en tentant discrètement d’arracher les boutons aux vêtements pour découvrir si les humains ont du poil comme moi en dessous. Les chats sont curieux…et je suis un chat.

 

   Le seul inconvénient dans cette maison que j’habite, c’est qu’on laisse n’importe qui y entrer! Me semble moi qu’on devrait respecter mon intimité. Y entrent parfois des chiens qui font dix fois ma taille… que ressentiraient mes maîtres devant un dinosaure qui voudrait leur sentir le derrière? et les hurlements de ces monstres, qui les poursuivraient jusque dans leurs retranchements les plus secrets?   Aussi quand la sonnette de la porte retentit je me méfie de ce qui va apparaître et court me réfugier là où aucun vivant ne saura jamais me retrouver, je ne vais pas vous révéler tout de même comment un chat devient invisible! C’est dans ces moments de terreur que je regrette de ne pas avoir échoué chez Claude et Martine où la porte ne s’ouvre pas à tous les vents,,,et jamais à des chiens en tout cas. J’ai bien observé.

 

 À part ces instants de détresse, qui peuvent parfois durer plus d’une journée, je ne sais pas bien mesurer le temps, je me sens heureux à dormir paisiblement dans la maison silencieuse ou à regarder ma maîtresse tapoter sur les touches sombres du clavier ce qui engendre paraît-il des histoires qui sortent en petits caractères noirs sur l’écran. Clavier et écran deux mots appris à force de me faire réprimande à leur sujet.  « Ôte tes pattes de sur mon clavier » «Touche pas à l’écran! »   « Brrr en bas!»  J’entends ça dix fois et plus par jour, comment ne pas apprendre la signification de ces mots et ne pas m’essayer à mon tour de caresser les petits carrés du clavier pour les faire parler sur l’écran. Mais il semble que je n’arrive qu’à créer des catastrophes… normal n’y-a-t-il pas le mot cat dans catastrophe? Aussi j’ai décidé plutôt que de m’épuiser inutilement à essayer d’écrire ma vie d’en confier la tâche à celle qui sait maîtriser les petits carrés, les obliger  à l’écouter et les forcer à raconter en plus de sa poésie à elle, que je respecte, mais… aussi les pensées profondes d’un chat comme moi. Car qui sait, je finirai peut-être par avoir des pensées profondes...

Sur ce, je m'en vais dormir un moment...

merlin--3.JPG

 

 

 

 

 



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